Témoignage de Lucie

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Chère Sénatrice, Cher Sénateur,


Je me permets de vous écrire afin de vous parler de la gestation pour autrui. A mon grand désarroi, celle-ci a été écartée des débats à l’assemblée nationale puis rejetée.


Je tiens à vous faire part de mon expérience personnelle car ce n’est qu’en lisant des histoires vraies que vous pouvez vous faire votre propre opinion.


Quelques mois après mon mariage en 2001, j’étais enceinte à notre grand bonheur. Malheureusement, ma grossesse s’est arrêtée au troisième mois. J’ai dû subir un curetage, qui fût difficile et abîma les parois de mon utérus à tel point que celles-ci se collèrent entre elles, ce qui se nomme une synéchie. J’ai subi quatre opérations pour essayer de re-créer ma cavité utérine. Entre chaque opération, on tentait une fécondation in-vitro. Toutes ces tentatives se sont avérées des échecs. Moralement et physiquement, j’ai beaucoup souffert. A chaque fois l’espoir est présent et la chute est de plus en plus difficile à surmonter. Le professeur m’avoua que plus rien ne pouvait être fait pour sauver mon utérus et prononça la phrase fatidique : « il faut arrêter sinon ce sera de l’acharnement ». A ce moment là, le monde s’arrêta, ma vie s’arrêta.


Par chance, mes ovaires fonctionnent normalement donc il ne nous manquait plus qu’une personne qui accepte de porter notre enfant biologique. Mais un nouvel obstacle se dressait devant nous : la GPA est interdite en France !


Avec l’aide et le soutien de nos familles, nous nous sommes tournés vers le Canada, pays, qui a su nous écouter et répondre à nos attentes. Au bout d’un an et demi, on rencontra la personne qui acceptait de porter notre enfant. Elle avait un métier et un fils. Elle voulait faire une chose bien dans sa vie tout en étant fière d’elle-même. « Des personnes qui ont beaucoup d’amour à donner et qui ne peuvent pas avoir d’enfant, pour des raisons médicales, je trouve ça injuste » dit-elle. Elle a donc porté nos jumeaux. Elle les a choyé et a pris soin d’eux durant neuf mois. 


Nos enfants ont été désirés et aimés avant même d’être conçus. Notre nounou fait dorénavant partis de notre famille, de notre histoire. Elle est comme une sœur pour moi.


Nos jumeaux ont maintenant trois ans. Ils vivent en France mais ne sont pas français. Ils grandissent et acquièrent une mentalité et une façon de vivre française. On ne leur cachera pas leur histoire et leurs origines, ils connaîtrons leur nounou, mais comment pourrons nous leur expliquer pourquoi leur pays, la France, ne veut pas les reconnaître ?


Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire, avec l’espoir de vous avoir sensibilisés suffisamment pour que la légalisation d’une GPA encadrée et la filiation des enfants nés par elle, reviennent dans les prochains débats.


N’oubliez pas la GPA est une magnifique preuve d’humanité. Il est nécessaire d’en parler et de ne pas fermer la porte au débat car beaucoup de familles sont concernées.


Bien cordialement.


Lucie


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