Témoignage de Marc

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Madame, Monsieur,


A travers cette lettre, j’aimerais vous sensibiliser à la gestation pour autrui, sujet peu débattu lors de la révision des lois de bioéthique, en vous faisant part de mon histoire, de notre histoire, de celle de notre fils né il y a quelques mois au Canada…Je vous remercie par avance pour l’attention que vous porterez à ce courrier.


J’ai rencontré Isabelle un soir de Saint Valentin. Après de merveilleux moments passés ensemble, je savais qu’elle serait la mère de mes enfants. Mais voilà qu’un soir où nous discutions de notre avenir, comme pour me protéger d’un parcours qu’elle savait difficile et qu’elle ne voulait pas me faire vivre, elle m’a expliquée qu’elle ne pouvait pas porter d’enfant en raison d’une malformation congénitale appelée « syndrome MRKH ». 


J’ai senti alors toute cette souffrance et en même temps ce courage en elle, j’en ai pleuré…Elle m’expliquait qu’elle le savait depuis l’âge de 17 ans et qu’en France il n’y avait aucune solution, aucun traitement pour cette infertilité. Je trouvais cela tellement injuste. 


Nous avons donc décidé ensemble de nous tourner vers la gestation pour autrui : nous pouvions utiliser nos gamètes respectifs mais quelle personne serait prête à po


rter notre enfant ? Cette femme, Anne, nous l’avons rencontré au Canada. Elle est fiancée, a un enfant et travaille comme assistance sociale. Nous avons passé d’abord des vacances ensemble, avons appris à se connaître…Pour elle, comme pour nous c’était une évidence : Anne, notre « nounou », allait prendre soin de notre enfant pendant 9 mois. Après plusieurs voyages, 2 FIV, notre nounou était enceinte et Isabelle « aussi », elle allait devenir maman…et moi papa.


Pendant toute la grossesse, Anne nous envoyait des photos de son ventre, des échographies, nous nous appelions quasiment tous les jours malgré le décalage horaire…Isabelle a pu assister à l’échographie morphologique et m’annoncer au téléphone en pleurant de joie : « c’est un garçon ! »

Et puis par une nuit enneigée, à des milliers de kilomètres de notre pays, de nos familles, notre fils naissait. Un moment magique et inoubliable…Nous avons passé la nuit ensemble avec notre fils, notre nounou et nous…Anne nous disait que la plus belle chose au monde est de devenir parent et grâce à elle nous l’étions désormais…


C’est en tant que mari et papa que je vous interpelle aujourd’hui. 


Comme mari, je sais ce qu’est la souffrance pour une femme de ne pas pouvoir porter d’enfant. La gestation pour autrui encadrée pourrait permettre à ces femmes de devenir mère. Nous avons eu la chance d’être soutenu par nos familles et avons ainsi pu partir dans un pays qui encadre la GPA. Cependant, d’autres couples français n’ont pas cette chance et ne connaîtront jamais la joie et le bonheur d’être parent parce qu’un pays comme le nôtre refuse de réviser un code civil vieux de plus de 200 ans…Il existe d’autres formes de maternité : Isabelle est maman cela ne fait aucun doute, elle a porté notre enfant dans son cœur et dans ses pensées pendant des années. 


Comme Papa, j’expliquerai à mon fils son histoire dont sa maman et moi sommes si fiers. Notre enfant connaîtra sa nounou, c’est sa marraine de cœur. Je sais déjà qu’il comprendra. Mais comment va-t-il accepter de ne pas figurer sur notre livret de famille ? de ne pas avoir de carte d’identité française alors qu’il parlera français, étudiera en France, sera respectueux des lois françaises ? La réponse est plus difficile à apporter…


Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire et j'espère que ces lignes vous auront sensibilisées à la nécessité d’encadrer la gestation pour autrui dans notre pays, et à l’urgence de reconnaître la filiation de nos enfants nés par GPA dans des pays où cette pratique est légale et encadrée. 



Marc, mari d’Isabelle et jeune papa


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