Témoignage de Delphine, 34 ans

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 Madame la sénatrice, Monsieur le sénateur,


Je me permet de vous contacter pour vous faire part de mon expérience personnelle face à la gestation pour autrui, ou grossesse pour autrui, débattu dans le cadre des lois bioéthiques dernièrement au sein de l'assemblée nationale.

Je vous remercie d'avance de prendre quelques minutes pour lire ce courrier.

Je m'appelle Delphine, j'ai 34 ans, et je suis née avec une malformation génétique tout comme mes sœurs.
Je n'ai pas d'utérus, et mes gonades ont dut m'être enlevés à l'adolescence car non fonctionnels et avec des risques élevés de cancer plus tard.

Aujourd'hui en âge d'avoir des enfants, et en couple depuis 8 ans, je rêve de pouvoir être maman. J'aurais aimé pouvoir porter mes enfants, mais je ne peux pas.
J'aimerai pouvoir au moins donner à mon fiancé la chance de pouvoir transmettre son patrimoine génétique à nos enfants, sans qu'il faille pour cela qu'il se trouve une autre femme !

Ma maladie est une souffrance, car elle m'empêche de me sentir complètement femme, elle me fait perdre ma confiance en moi, et je suis convaincue que la maternité changerai mon état d'esprit et me permettrait de m'épanouir pleinement. Aux yeux de mon fiancé également, pour qu'il puisse me voir comme une femme à part entière, et qu'on puisse enfin avoir une famille et nous construire. En effet, au bout de 8 ans, nous aspirons tous les deux à un avenir différent de celui qui nous a permis de vivre ensemble de si bons moments à deux.

La GPA, encadrée, règlementée et limitée aux cas comme le mien pour les femmes stériles sans espoir de grossesse pourrait répondre à la souffrance et au désir de famille et de maternité. Nous sommes aujourd'hui environ une femme sur 3500/4000 atteinte d'une malformation génétique, ou à cause du distilbène ou encore suite à une hystérectomie, à ne pas avoir de solution acceptable pour devenir maman. Car malheureusement en France aujourd'hui, la maman est forcément celle qui porte l'enfant, ou celle qui adopte celui d'une autre, mais il n'y a pas de solution alternative, et nous savons tous très bien aujourd'hui que les conditions d'adoption de nourrissons ne répondent de loin pas à la demande toujours plus forte.

Je ne vois malheureusement pas d'autres solutions aujourd'hui pour répondre à mes attentes de la vie. Si la greffe d'utérus était possible, peut être, mais ce n'est pas le cas encore, et je ne pense pas faire partie de la génération qui pourra en profiter...

Je suis consciente que les mentalités ne pourront pas changer d'un coup et qu'il faudra du temps, que les personnes dans mon cas sont très peu nombreuses et que par conséquent, les gens ne se sentant pas concerné par le problème préfèrent prudemment ou je dirai même frileusement parier sur la prudence, la solution simple, et de facilité : ne rien faire, ne pas changer..
Pour certains d'entre vous je pourrais être la fille, pour d'autre peut être la sœur, si c'était le cas, seriez vous prêt à réfléchir à une solution pour m'aider ?
De nombreux pays on déjà évolué vers des solutions encadrées et acceptables, pourquoi pas nous ?

Voila pourquoi je viens vers vous, pour vous demander de réfléchir à la proposition d'amendement ci-après qui a été présentée, et rejetée le 11 février à l'assemblée :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/amend...1/311100200.asp

Ce n'est pas grand chose, ce n'est pas encore la légalisation de la GPA et pourtant c'est déjà un pas en avant énorme et une solution alternative pour beaucoup d'entre nous, qui se tournent vers les États-Unis ou le Canada.

Je vous invite à réfléchir à une proposition similaire quand vous serez amenez à travailler sur les lois bioéthiques, pour qu'on ne soit pas quelques milliers d'oubliées par la France, qui se veut un pays très social, juste et équitable pour tous, et dont je voudrais rester fière.

Merci d'avance de m'avoir lue, en espérant avoir pu vous sensibiliser un peu.

Je garde espoir qu'un jour, les propositions de loi http://www.senat.fr/leg/ppl09-233.html et http://www.senat.fr/leg/ppl09-234.html que certains d'entre vous on signé - et je les en remercie grandement - seront votées et acceptées.



Bien cordialement,
Delphine

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